Valéry

Un poète trop souvent oublié à notre panthéon des grands auteurs - estimé, mais peu lu.
Je n'ai pas encore lu le Cimetière marin dont tout le monde dit tant de bien - j'ai acheté un recueil de poèmes NRF.
Et je suis tombée sous le charme de ce poète virtuose, exigeant, métpahysique, un peu obscur parfois mais à la plume si déliée que le son semble offrir le sens...

La Fileuse

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.

Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.

Un arbuste et l'air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, aux doux fuseaux crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta s½ur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

# Posté le lundi 02 avril 2007 07:58

petite citation (enfin petite, c'est relatif)

Je n'ai pas grand chose à vous proposer de ce début de vie de prépa, je n'ai pas vmt envie de mettre sur ce blog les complaintes du 16°siècle d'auteurs obscures...En revanche, j'ai dans mon petit panier une citation magnifique d'Eluard, poèsie reflexive, et en plus LIly ne sera pas du tt d'accord avec ça (et c'est ça qui est bon...)

"La poèsie véritable s'accomode de nudités crues, de planches qui ne sont pas de salut, de larmes qui ne sont pas irisées. Elle sait qu'il ya des déserts de sable et des déserts de boue, des parquets cirés, des chevelures décoifées, des mains rugueuses, des victimes puantes, des héros misérables,des idiots superbes, toutes sortes de chiens, des balais, des fleurs dans l'herbe et des fleurs sur les tombes, car la poèsie est dans la VIE."

# Posté le dimanche 26 novembre 2006 05:29

Weltenbrand - The end of the wizard

Weltenbrand - The end of the wizard
Dix ans que Weltenbrand publie de magnifiques albums en langue allemande, et que personne ne parle d'eux, voilà que leur dernière galette est entièrement en anglais, et pouf, succès énorme... en Allemagne. - No comment -
Je
me suis donc emparée du schmilblik avec une suspicion d'anti-impérialiste aux grandes canines, mais dès le premier morceau, je me suis laissée enchanter... Vous souvenez-vous, ô grands adorateurs de Baudelaire, comme tout djeunz qui se respecte, de ce poème ?

Une odeur de tombeau dans les bres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

Ajoutez un peu (beaucoup) de Volkslied, et voilà l'impression que j'ai eue en plongeant dans cet album. Weltenbrand nous conte les légendes du Rhin, des scènes de la vie de leurs ancêtres, paysans du Lichtenstein, guerriers ou amants, évoque les sorcières et les fleuves qui bruissent dans une nuit feutrée... De belles voix lyriques - mais sans aucune grandiloquence - , d'hommes et de femmes, se mêlent à des mélodies douces et envoûtantes, portées par un grand orchestre de cordes graves et émouvantes, on entend le vent souffler sur le Rhin ...
(mai
s mon Dieu, ça serait 1000 fois mieux en allemand !!!!)
(
surtout qu'ils arrêtent pas de chanter "and he said in German"... in english of course... naja ^^ bon j'arrête mon délire, cet album est un véritable enchantement).

# Posté le samedi 25 novembre 2006 15:55

Ewigkeit - Conspiritus

Vous reprendrez bien un peu de complot universel ?

J'ai
couvert tout à fait par hasard Conspiritus, le dernier album des anglais d'Ewigkeit, l'été dernier, et il a passé quelques temps dans mon lecteur...
Le
concept ? Le complot universel, of course. Pensées et émotions manipulées, guerres crées de toutes pièces, sentiment de menace, mensonges perpétuels, nothing is real quoi :D Rien de bien original, certes, mais toujours séduisant (nous les simples mortels aimons nous sentir marionnettes ;)), et sacrément bien agencé par le groupe, qui mêle guitares rock, riffs-qui-tuent, ambiances étranges, et excellentes mélodies 100% électro artificielles qui vous collent au cerveau. On pense parfois aux Diamond Dogs de Bowie, aux atmosphères urbaines futuristes de Kraftwerk, aux mélodies des Crüxshadows. Le mélange est plus original qu'il n'en a l'air, et le CD vous fera passer un bon moment.
BI
P - Fin de la mission - Je retourne au QG des Illuminati - Moi robot obéissant
Ewigkeit - Conspiritus

# Posté le samedi 25 novembre 2006 15:45

Conte d'amour

Conte d'amour
Nous n'avons plus le temps, nous sommes ensevelies, ce blog se meurt, mais si quelqu'un passe ici, qu'il lise un des plus beaux poèmes qui soit...
D'accord, ça fait plus de douze lignes.
Lisez le quand même.
Parfois, l'ange de la beauté semble nous frôler la joue...

Tableau de Friedrich


I
ÉBLOUISSEM
ENT

La Nuit
, sur le grand mystère ,
Entrouvre s
es écrins bleus:
Aut
ant de fleurs sur la terre
Q
ue d'étoiles dans les cieux!
On voit ses ombres dormantes
S
'éclairer, à tous moments,
Auta
nt par les fleurs charmantes
Que par les astres charmants.
Moi, m
a nuit au sombre voile
N'a, pour charme et pour clarté,
Qu'
une fleur et qu'une étoile:
Mon amo
ur et ta beauté!


II
L'A
VEU

J'ai pe
rdu la forêt la plaine
Et les frais avrils d'autrefois...
D
onne tes lèvres: leur haleine
Ce ser
a le souffle des bois!

J'ai perdu l'Océan morose
Son deu
il, ses vagues, ses échos;
Dis-moi n'i
mporte quelle chose:
Ce
sera la rumeur des flots.

Lourd d'u
ne tristesse royale,
Mon
front songe aux soleils enfuis...
Oh! cache-moi dans ton sein pâle!
Ce
sera le calme des nuits!


III
LES
PRÉSENTS

Si
tu me parles, quelque soir,
Du
secret de mon coeur malade
Je te dirai, pour t'émouvoir
Une trè
s ancienne ballade.

Si
tu me parles de tourment,
D'espéranc
e désabusée
J'irai te cueillir, seulement,
Des
roses pleines de rosée.

Si, pareill
e à la fleur des morts
Q
ui se plaît dans l'exil des tombes,
Tu veux partager mes remords...
Je
t'apporterai des colombes.


IV
AU B
ORD DE LA MER

Au sortir
de ce bal, nous suivîmes les grèves;
Vers le t
oit d'un exil, au hasard du chemin,
Nous
allions: une fleur se fanait dans sa main;
C'
était par un minuit d'étoiles et de rêves.

D
ans l'ombre, autour de nous, tombaient des flots foncés.
Ver
s les lointains d'opale et d'or, sur l'Atlantique,
L'out
re-mer épandait sa lumière mystique,
Les alg
ues parfumaient les espaces glacés;

Les
vieux échos sonnaient dans la falaise entière!
Et
les nappes de l'onde aux volutes sans frein
Écum
aient, lourdement, contre les rocs d'airain.
Sur l
a dune brillaient les croix d'un cimetière.

Leur
silence, pour nous, couvrait ce vaste bruit.
Elles
ne tendaient plus croix par l'ombre insultées
Les
couronnes de deuil fleurs de morts, emportées
D
ans les flots tonnants, par les tempêtes, la nuit.
M
ais, de ces blancs tombeaux en pente sur la rive,
Sous la brume sacrée à des clartés pareils,
L'o
mbre questionnait en vain les grands sommeils:
Ils g
ardaient le secret de la Loi décisive.

Frileuse, elle voilait, d'un cachemire noir
Son se
in, royal exil de toutes mes pensées!
J'
admirais cette femme aux paupières baissées,
Sphin
x cruel, mauvais rêve, ancien désespoir.

S
es regards font mourir les enfants.
E
lle passe Et se laisse survivre en ce qu'elle détruit.
C'est
la femme qu'on aime à cause de la Nuit
E
t ceux qui l'ont connue en parlent à voix basse.

L
e danger la revêt d'un rayon familier:
Mêm
e dans son étreinte oublieusement tendre,
Se
s crimes, évoqués, sont tels qu'on croit entendre
Des crosses de fusils tombant sur le palier.

Ce
pendant, sous la honte illustre qui l'enchaîne
So
us le deuil se plaît cette âme sans essor
Repose une candeur inviolée encor
C
omme un lys enfermé dans un coffret d'ébène.

Elle p
rêta l'oreille au tumulte des mers,
In
clina son beau front touché par les années,
Et, se
remémorant ses mornes destinées,
Elle
sepandit en ces termes amers:

«
Autrefois, autrefois, — quand je faisais partie
De
s vivants, — leurs amours sous les pâles flambeaux,
Des nuits, comme la mer au pied de ces tombeaux
Se lam
entaient, houleux, devant mon apathie.

J
'ai vu de longs adieux sur mes mains se briser:
M
ortelle, j'accueillais, sans désir et sans haine,
Les
aveux suppliants de ces âmes en Peine:
Le
sépulcre à la mer ne rend pas son baiser.

Je
suis donc insensible et faite de silence
E
t je n'ai pas vécu; mes jours sont froids et vains:
Le
s Cieux m'ont refusé les battements divins!
On a faussé pour moi les poids de la balance.

Je
sens que c'est mon sort même dans le trépas:
Et,
soucieux encor des regrets ou des fêtes,
Si
les morts vont chercher leurs fleurs dans les tempêtes,
Moi je
reposerai, ne les comprenant pas.»

Je saluai
les croix lumineuses et pâles.
L'
étendue annonçait l'aurore, et je me pris
À dir
e, pour calmer ses ténébreux esprits
Que le
vent du remords battait de ses rafales

Et
pendant que la mer déserte se gonflait:
«Au bal vous n'aviez pas de ces mélancolies
Et les sons de cristal de vos phrases polies
Ch
armaient le serpent d'or de votre bracelet.

Ri
euse et respirant une touffe de roses
Sous
vos grands cheveux noirs mêlés de diamants,
Quand la
valse nous prit, tous deux, quelques moments
V
ous eûtes, en vos yeux, des lueurs moins moroses?
J'ét
ais heureux de voir sous le plaisir vermeil
Se ranimer
votre âme à l'oubli toute prête
Et s'éclairer enfin votre douleur distraite
Com
me un glacier frappé d'un rayon de soleil.»

El
le laissa briller sur moi ses yeux funèbres,
Et
la pâleur des morts ornait ses traits fatals.
«Selon vous, je ressemble aux pays boréals
J'ai six mois de clartés et six mois de ténèbres?

Sache
mieux quel orgueil nous nous sommes donnés!
Et tout ce
qu'en nos yeux il empêche de lire...
Aime-
moi, toi qui sais que, sous un clair sourire
Je suis p
areille à ces tombeaux abandonnés


V

RÉVEIL

Ô
toi, dont je reste interdit
J'a
i donc le mot de ton abîme!
N'im
porte quel baiser t'anime:
Un pas
sant; de l'or; tout est dit.

Tu
n'aimes que comme on se venge
T
u mens en cris délicieux;
E
t tu te plais, riant des cieux,
À
ces vains jeux de mauvais ange.

En tes baisers nuls et pervers
Si
j'ai bu vos sucs, jusquiames,
En
chanteresse entre les femmes,
Soi
s oubliée, en tes hivers!


VI
AD
IEU

U
n vertige épars sous tes voiles
Tenta mon front vers tes bras nus.
Adieu
, toi par qui je connus
L'
angoisse des nuits sans étoiles!

Quoi!
ton seul nom me fit pâlir!
— Aujo
urd'hui sans désirs ni craintes,
Dans l'ennui vil de tes étreintes
Je ne v
eux plus m'ensevelir.

Je respire le vent des gves,
J
e suis heureux loin de ton seuil:
Et
tes cheveux couleur de deuil
Ne f
ont plus d'ombre sur mes rêves.


VII
RENCONTRE

Tu sec
ouais ton noir flambeau;
Tu ne p
ensais pas être morte;
J'ai forgé la grille et la porte
Et mon coeur est sûr du tombeau.

Je ne sa
is quelle flamme encore
B
rûlait dans ton sein meurtrier
Je
ne pouvais m'en soucier:
Tu m'as fait rire de l'aurore.

Tu crois au retour sur les pas?
Q
ue les seuls sens font les ivresses?...
O
r, je bâillais en tes caresses:
T
u ne ressusciteras pas.

# Posté le samedi 25 novembre 2006 15:38